Blog d'Etienne Farron, auteur, écrivain, et quelques autres idées…

Avant goût de mon prochain roman

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Mon prochain roman, dont je termine les corrections, pourrait contenir cette scène qui m'est venue au fil de mes nombreuses relectures. Il n'est pas sûr qu'elle apparaisse dans la version finale. Il n'est pas moins sûr qu'elle ne se soit pas produite "quand même" dans le récit 🙂

Je vous la soumets un peu "en vrac" et, par la suite, je la compléterai corrigée.

Alyan fut réveillée par des bruits, des claquements secs et réguliers, un son connu, celui des capoaps. Elle sortit de la tente. Païkan, torse nu, pieds nus, courait dans la petite clairière.

— J’en ai un, j’en ai un ! riait-il.

— Qu’est-ce que tu fais ? demanda Alyan, effrayée par ce qu’elle venait de comprendre.

Païkan ne répondit pas, occupé à relever le filet dans lequel se débattait un oiseau coloré.

— Regard, regarde, exultait-il en tenant l’oiseau, bec ouvert, apathique.

— Relâche-le, asséna Alyan excédée.

Elle aurait voulu lui dire que cet animal était libre, fragile comme la PJ [réd : le nom de la planète], que son équilibre était tellement instable qu’il valait mieux ne rien toucher du vivant. Mais Païkan ne l’écoutait pas, ne l’écoutait plus depuis longtemps, habité par une excitation chasseresse qu’il n’avait jamais éprouvée de sa vie. Il se croyait en symbiose avec cet environnement, il se pensait élément d’un tout. Il oubliait qu’il n’était qu’un élément rapporté, qu’un prédateur enivré par la présence de proies faciles. Il ne voyait pas qu’il exerçait une toute-puissance. Il était réduit à l’état d’homo sapiens brut, dénué d’éducation, de culture, subissant un comportement exempt d’esprit critique. Il riait d’une joie malsaine ; l’idée d’avoir découvert « par chance » un pays de Cocagne prenait le dessus sur sa conscience, convaincu d’avoir atteint « contre toute attente » une destination qu’il estimait légitime. Il n’était qu’un prédateur instinctif.

Alyan eut cette vision : « il y en a, je les tue », quelque chose qui ressemblait à ce qu’elle avait pu lire, longtemps auparavant, dans la bibliothèque du Spiri, dans les mémoires ou les récits autour de Buffalo Bill, tirant sur les bisons qui longeaient la voie de chemin de fer depuis son wagon.

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